L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

Bob Pearce

Aviron

1938


‹ Retourner à l'athlète

BOBBY PEARCE SE VOIT DÉCERNER LE TROPHÉE LOU-MARSH MEMORIAL

vendredi, le 30 décembre 1938

Après une longue délibération, les juges choisissent le rameur en couple champion du monde

UNE CARRIÈRE HAUTE EN COULEURS

Par ALEXANDRINE GIBB

Le plus grand rameur de la dernière décennie, Robert Peace de Hamilton, fut nommé aujourd’hui lauréat du trophée Lou-Marsh Memorial.

Pearce couronna ainsi une carrière dont tous les athlètes rêvent. Il a gagné tous les honneurs que l’on peut remporter dans ce sport. Maintenant, son nom sera ajouté, ainsi qu’un court mot de sa part, sur la mince colonne en marbre noir où sont déjà gravés les noms des gagnants du trophée en 1936 et 1937, Dr Phillip Edwards et Marshal Cleland sous l’inscription « WITH PICK AND SHOVEL ».

Bob Pearce fut choisi cette année après une longue réunion du comité de sélection. Pearce est le premier professionnel à être honoré de la sorte. Les juges ont passé tout l’après-midi d’hier à tenter d’évaluer les réalisations et les performances remarquables de la dernière année, plusieurs noms retenant leur attention : Bobby Pearce, de Hamilton, rameur en couple, Jack Purcell, de Toronto, champion de badminton, Bob Pirie, de Toronto, double vainqueur des Jeux de l’Empire britannique en natation, Dorothy Walton, de Toronto, championne de tennis et de badminton, Jack Flavelle, champion rameur chez les 145 livres et membre du club d’aviron Argonaut, F.J. Mulqueen, de Toronto, champion de l’Omnium canadien de golf, Robina Higgins, de Winnipeg, championne du javelot aux Jeux de l’Empire britannique, Noel MacDonald, capitaine des Grads d’Edmonton, une équipe de basketball, Bill Fritz, coureur de l’Université Queen, Eric Coy, de Winnipeg, champion du lancer du disque aux Jeux de l’Empire britannique, Terry Evans, de Toronto, champion de lutte aux Jeux de l’Empire britannique et madame Edward Gooderham, de l’Ontario, championne et médaillée à l’Omnium canadien de golf.

Invaincu!


« Pour les obstacles surmontés et les accomplissements effectués durant la dernière année, » a exprimé P.J. Mulqueen, président du comité de sélection, en remettant le prix. « Il y a eu plusieurs splendides performances par un bon nombre d’athlètes remarquables durant les 12 derniers mois. Les juges étaient toutefois unanimes à l’effet que Pearce s’était démarqué des autres candidats durant cette période. Il a, à notre humble avis, mérité de façon justifiée ce prix tant convoité. »

La carrière de Bobby Pearce comme rameur de couple fut couronnée de succès. Pearce quitta l’Australie en 1930 pour venir s’installer au Canada. Il comptait alors déjà un bon nombre de victoires à son actif, incluant une médaille d’or aux Jeux olympiques de 1928, à Amsterdam, en Hollande. Pearce ne connaissait pas la défaite! Il n’a jamais terminé deuxième!

Peut-être que Pearce était moins confiant de pouvoir remporter la course de 400 m. l’an dernier qu’il ne l’était habituellement. Il devait batailler fort pour battre le champion australien, le jeune Evans Paddon, qui venait de loin pour « vaincre Pearce, » et qui trouva chaussure à son pied. Durant le 400 m., Paddon talonnait l’embarcation de Pearce. Une nouvelle expérience pour Bobbie qui aime les courses plus longues et qui n’est pas habitué à se faire talonner de la sorte.


Défense facile du titre

À la course de 1,6 km et à celle de 4,8 km Pearce domina outrageusement ces visiteurs australiens, Evans Paddon, George Cook et Percy Fee. Il ne rencontra Paddon qu’à la plus importante des courses, l’épreuve de 4,8 km, reconnu comme étant la distance où un rameur en couple peut gagner ou perdre son titre de champion mondial. Cette course fut l’affaire de Pearce. Il défendit avec succès son titre mondial.

Ceux qui assistèrent à la course finale de 4,8 km par cette nuit fraîche n’oublieront jamais l’image de cet homme et de son embarcation qui ne faisaient qu’un. Paddon était un bon rameur de couple et un jeune homme, mais lui et son embarcation ne reflétaient pas la même harmonie. Cette longue et mince coque, avec à son bord cet homme blanc déterminé qu’était Bobbie Pearce, se déplaça à travers ces vagues légèrement agitées comme si l’une des « puces de mer » de Lou Marsh se trouvait sous les eaux troubles, propulsant l’homme et son embarcation vers la victoire, et finalement, vers la conquête du trophée Lou-Marsh lui-même.


Un vrai champion

« Surmonter les obstacles, » apparaît sur l’acte de donation du trophée Lou-Marsh. Et quel obstacle plus grand un homme peut-il surmonter que celui de devoir continuer à vivre normalement et à s’entraîner malgré le fait que sa bien-aimée souffre, étant fatalement malade, et finalement, celui de devoir surmonter le choc de son décès survenu quelques jours avant l’une des courses les plus importantes de sa carrière.


Ce fut ce à quoi Pearce a dû faire face. Et il y est parvenu comme le champion qu’il a prouvé être. Nous ne réaliserons jamais vraiment l’ampleur de la pression et des tourments qu’il a dû supporter – non plus que l’effort incroyable qu’il a dû fournir pour passer au travers de tout cela… comme un vrai sportif.


« J’ai remporté le Diamond sculls à Henley ainsi que deux titre olympiques, mais je dois avouer que mon vœu le plus cher était d’être un jour considéré assez bon pour avoir mon nom gravé sur le trophée Lou-Marsh Memorial. Lou était un bon ami et il me manque tellement le long des quais. D’avoir mon nom dans la colonne de Lou, c’est effectivement un honneur, » nous dit Pearce.


Le comité de sélection, choisi par le Toronto Star pour déterminer l’athlète de l’année, homme ou femme, amateur ou professionnel, est composé de P.J. Mulqueen, président, Elwood Hugues, Oscar Pearson, Tom Alison et Charles E. Ring, le donateur.


Le trophée sera remis à Pearce dans l’édifice du Toronto Star durant la soirée du 14 janvier, à 19h15. La présentation est ouverte au public.

Pearce se voit décerner le trophée Lou-Marsh Memorial

VOTÉ L’ATHLÈTE DE L’ANNÉE

Le trophée Lou-Marsh Memorial, présenté par Charles E. Ring et remis chaque année à l’athlète canadien de l’année, professionnel ou amateur, va à Bob Pearce de Hamilton. Pearce releva tous les défis qui lui ont été lancés dans le monde de l’aviron en plus de défendre avec succès son titre mondial chez les professionnels lors du Canadian National Exhibition l’automne dernier.

Tête première dans le sport
PAR FRED JACKSON
JOURNALISTE SPORTIF


Bob Pearce, rameur en couple professionnel et champion du monde, considéré par plusieurs comme le plus grand rameur de tous les temps remporte le trophée Lou-Marsh Memorial pour l’année 1938, et nous souhaiterions également le féliciter pour tous ceux qui vont désormais tenter de suivre les traces du géant australien qui se considère maintenant chez lui à Hamilton… chapeau Bob !


Pearce rejoint ainsi Marshall Cleland et Dr Phil Edwards au sein de ceux qui ont leur nom inscrit sur le trophée présenté par Charlie Ring afin de perpétuer la mémoire de mon ancien patron, Lou Marsh. Connaissant l’amour de Lou pour les quais, l’aviron en général, ainsi que la grande amitié qu’il entretenait avec Pearce, il aurait semblé difficile de faire un meilleur choix.


Sélectionner le gagnant d’une récompense remise pour souligner un succès sportif remarquable est une tâche difficile et le comité responsable de déterminer le lauréat du trophée Lou-Marsh Memorial devait prendre plusieurs aspects en considération. L’une des raisons, nous croyons, qui a mené au choix de Pearce fut les termes du contrat de donation qui requièrent que l’athlète ait surmonté des obstacles lors de son cheminement vers le sommet, un aspect qui fut examiné minutieusement par les juges.


Pearce, invaincu durant sa prestigieuse carrière, défendit avec succès son titre à l’Exposition nationale canadienne l’automne dernier, quelques jours seulement après le décès de sa femme. Durant ses séances d’entraînement, il devait continuer de travailler tout en sachant que madame Pearce était en train de perdre son combat contre la mort.


Même si le comité de sélection composé de P.J. Mulqueen, Tom Allison, Charlie Ring, Oscar Pearson et Elwood Hugues n’annonça pas le rang des autres candidats au trophée, ce n’est pas un secret que les trois plus sérieux aspirants étaient Jack Purrell, un professionnel champion du monde de badminton, Bob Pirie, considéré comme le meilleur nageur amateur au Canada, et Dorothy Walton, vedette de badminton et de tennis.


Purcell, originaire de Guelph, s’est imposé dans le monde du badminton d’une façon comparable à ce qu’a fait Pearce dans le monde de l’aviron de couple. Il n’avait encore jamais connu la défaite lors de la défense de son titre et est, à ce moment, le seul Canadien à détenir un titre de championnat mondial dans un sport majeur.


Il est intéressant de noter que le comité a tout de même pris en considération d’autres athlètes tels que Hugh « Bummer » Stirling, vedette de football de Sarnia, Eric Coy, un athlète de Winnipeg qui remporta l’épreuve du lancer du disque aux Jeux de l’Empire britannique, et Noel MacDonald, vedette de basketball des Grads d’Edmonton. Tous les trois furent considérés comme des athlètes remarquables. Stirling a reçu le prix de la Presse Canadienne remis à l’athlète canadien de l’année selon le vote de journalistes sportifs des quatre coins du pays … Coy reçut le trophée de l’A.A.U. of C. remis à leur meilleur athlète tandis que madame MacDonald fut élue athlète féminine de l’année selon la W.A.A.P. et la Presse Canadienne.


Un peu d’histoire sur Pearce:

Il est champion australien invaincu en 1927, champion olympique aux Jeux de 1928 à Amsterdam, et l’homme de l’heure lorsque l’équipe Anzac arriva à Toronto en 1930 pour les Jeux de l’Empire britannique et la course qui allait opposer Pearce au champion canadien Joe Wright Jr.


« Je serai content si je peux battre Jack Guest, » lança Pearce à ce moment. Mais il ne coursa pas contre Guest, il vainquit Jack Beresford et Fred Bradley d’Angleterre alors que Joe Wright termina quatrième.


En 1930, l’ex-Australien, alors au Canada, a rempli une demande d’admission afin de prendre part au Diamond Sculls. Il avait déjà, il y a de cela quelques années, déposé une demande de l’Australie. Elle lui avait été refusée. Il n’était pas, à l’époque, un « gentleman » selon les règles qui prévalent à Henley. Il semble que ses commanditaires avaient vendu des cartes postales afin d’amasser des fonds pour l’envoyer en Angleterre. Ce qui … à l’époque … ne se faisait pas.


Les critiques canadiennes offrirent l’honneur suprême à Pearce en le classant aux côtés de Ned Hanlan en tant que légende de l’aviron. Pearce remporta la classique d’Angleterre, le Diamond Sculls, en 1931. Il gagna toutes ses courses en Angleterre. Puis, arrivent les Olympiques de 1932 … et encore une fois Pearce est victorieux dans une course qui le força à garder un œil sur Bill Miller, un champion américain, conservant juste assez d’avance pour donner un bon spectacle aux milliers de spectateurs qui prirent d’assaut la rive longeant la course.


Il reçut ensuite des offres de l’Exposition nationale canadienne et des rangs professionnels. Il fait le grand saut en 1933 et signe afin de courir pour le titre mondial chez les professionnels contre Phelps. Pearce battit Phelps par 400 m., ce qui déçut grandement ceux qui s’étaient déplacés pour l’événement.


Il a remporté son dernier titre, celui de champion du monde des professionnels, lors de cette course de 4,8 km où il domina outrageusement Phelps.


En 1934 – Pearce se sépara de Miller … puis, plus aucun défi ne s’est présenté à lui jusqu’en 1938 alors que la troupe Paddon parcourt la moitié du monde pour venir l’affronter.