L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

Daniel Igali

Lutte

2000


‹ Retourner à l'athlète

Une lutte glorieuse

mercredi, le 13 décembre 2000

Par RANDY STARKMAN
JOURNALISTE SPORTIF

Daniel Igali s’était fait dire qu’il ne pourrait jamais devenir un champion de lutte olympique au Canada.

Après tout, le pays n’en avait jamais formé et accordait très peu d’attention au volet amateur de ce sport.

Lorsqu’il devint le premier Canadien à remporter un titre mondial, en 1999, il devint aussi un espoir de médaille d’or pour les Jeux Olympiques de Sydney. Igali ne s’est pas écroulé sous la pression.

« Aux Olympiques, on doit être capable de faire face à la musique et de saisir les grandes occasions. J’attends ce moment avec impatience », a dit Igali, quelques mois avant les Jeux.

« Pourquoi va-t-on là, de toute façon? Si on ne va pas là avec l’espoir de gagner, aussi bien s’en aller. Je suis content que les gens espèrent que je sois à mon meilleur pour les Olympiques, et je veux l’être. C’est important pour lutter. »

C’est ce genre d’attitude, et son habileté à la démontrer avec une médaille d’or à Sydney, qui a permis à Igali d’être nommé hier gagnant du trophée Lou-Marsh en tant qu’athlète le plus exceptionnel de l’année 2000.

L’homme qui a grandi dans la pauvreté, en tant que membre d’une famille de 21 enfants, dans un petit village du Nigeria, voit maintenant son nom gravé sur le même trophée qui fut gagné par des Canadiens légendaires tels que Wayne Gretzky, Maurice Richard, Terry Fox et Nancy Greene.

Igali a vaincu des adversaires de taille dont les golfeurs Lorrie Kane et Mike Weir, le champion olympique de triathlon Simon Whitfield et les étoiles du hockey Scott Stevens et Chris Pronger. Le comité Lou-Marsh était présidé par le pagayeur Silken Laumann, gagnant du trophée en 1991.

« Mon impression à propos de Daniel était que ce qui plaisait chez lui, c’était sa capacité à surmonter d’innombrables épreuves, et la façon dont il s’est intégré dans notre pays », a dit Laumann. « Il a choisi d’être Canadien. Pour moi, c’était l’une des choses les plus réconfortantes au sujet de sa victoire (à Sydney). »

La danse spontanée autour du drapeau canadien, effectuée par Igali lors de sa victoire sur le tapis de lutte, et la façon dont il s’est agenouillé pour l’embrasser est une autre démonstration de sa gratitude envers son pays adoptif.
L’histoire d’Igali est en effet extraordinaire.

Il est venu au Canada pour représenter le Nigeria aux Jeux du Commonwealth de 1994, à Victoria, et y est resté en raison des bouleversements politiques de son pays et pour avoir la chance de poursuivre ses objectifs sportifs et académiques. Il ne lui manque que quelques crédits pour obtenir son diplôme en criminologie à l’Université Simon Fraser.
Igali sera le premier à reconnaître qu’il n’avait presque rien d’un lutteur lorsqu’il est arrivé au Canada : il a dû faire sa place autant en entraînement qu’en compétition. Il donne beaucoup de mérite aux entraîneurs Dave McKay et Mike Jones, qui l’ont encouragé et l’ont poussé à se satisfaire de rien de moins que le meilleur qu’il pouvait donner.

L’homme de 26 ans a affirmé que ce fut un voyage salutaire pour lui. Il a été découragé, au Nigeria, de ne pas être envoyé aux Jeux Olympiques de Barcelone, en 1992, après avoir fait l’équipe. Il y avait toujours des camps d’entraînement en Bulgarie, où les entraîneurs le réprimandaient pour ses erreurs ou encore chaque fois qu’il blessait un lutteur bulgare.
« On nous intimidait », a dit Igali à propos de son expérience. « Quelqu’un jouait avec nos esprits. »

Mais personne n’a joué avec l’esprit d’Igali à Sydney. Il était clairement en contrôle, même après le tirage au sort du tournoi, qui annonçait une compétition difficile.

« Après, il a regardé sur la liste des adversaires contre lesquels il allait lutter à Sydney, et il m’a dit : "Je suppose que je n’ai pas été chanceux au tirage." », s’est rappelé McKay, hier.

« J’ai dit : quot;Non, tu es l’homme à craindre. Il sont dans le trouble." »
Hier, Igali était au Nigeria, en route pour son village natal, Enweari, afin de voir sa famille pour la première fois depuis son triomphe olympique.

Beaucoup de choses ont été accomplies, depuis les circonstances difficiles de son enfance où il a grandi entouré de 20 frères et sœurs (son père a trois femmes). Igali devait parfois sauter des repas, mais il a affirmé que ce n’était pas aussi difficile que ça puisse en avoir l’air.

« On se retrouve dans ces situations et on ne pense pas vraiment qu’on est pauvre », a-t-il dit. « On connaît quelques-uns de nos amis qui n’ont pas autant que ce que nous avons. »
Igali a dit avoir d’abord trouvé cela difficile de manger seul lorsqu’il est arrivé au Canada.

« Chez moi, je mangeais toujours avec cinq autres personnes, toujours dans la même assiette. Je me sentais vraiment égoïste de manger seul. Et je pouvais avoir cinq morceaux de poulet juste pour moi. Je me demandais : "qu’est-ce que je suis en train de faire?" »

Le coureur en fauteuil roulant Jeff Adams, l’étoile du basketball canadien olympique Steve Nash, le triathlète Peter Reid et la nageuse paralympique Jessica Sloan étaient aussi nominés pour le trophée Lou-Marsh, nommé en mémoire du légendaire journaliste sportif du Toronto Star et octroyé depuis 1936.

Le trophée fut attribué selon les votes de Steve Tustin et Garth Woolsey, du Toronto Star, Steve McAllister, du Globe and Mail, Neil A. Campbell de Globeandmail.com, Scott Morrison, du Toronto Sun, Rod Black, de CTV, Brian Williams, de CBC, Martine Gaillard, de Headline Sports et Neil Davidson, de la Presse Canadienne.

Sous-titre de la photo ci-haut : Le héros olympique Daniel Igali remporte le trophée Lou-Marsh en tant qu’athlète le plus exceptionnel du Canada.
Sous-titre de la photo : UN CANADIEN FIER : Daniel Igali, qui a grandi dans la pauvreté en tant que membre d’une famille de 21 enfants, dans un petit village du Nigeria, embrasse la feuille d’érable, après avoir gagné une médaille d’or aux Olympiques de Sydney.