L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

Jacques Villeneuve

Course auto

1995


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VILLENEUVE FAIT UN ARRÊT POUR RECEVOIR LE TROPHEE LOU-MARSH MEMORIAL

vendredi, le 15 décembre 1995

Il remporte un vote serré contre le sprinteur Donovan Bailey.
Par Frank Orr, journaliste sportif


L’incroyable année de Jacques Villeneuve s’est poursuivie hier.

Villeneuve, qui est âgé de 24 ans, est le lauréat pour l’année 1995 du trophée Lou-Marsh Memorial remis à l’athlète par excellence au Canada. Il est le premier pilote automobile à recevoir ce prix. Cet honneur est plus que mérité pour Villeneuve qui a connu une année remarquable, devenant le premier Canadien à remporter les 500 miles d’Indianapolis et le championnat d’IndyCar.

L’athlète originaire de Berthierville, au Québec, a grandi à Monaco où son père, le défunt Gilles Villeneuve, a déménagé avec toute sa famille lorsque sa flamboyante carrière en Formule 1 a pris son envol. Il mourut à l’âge de 30 ans, en 1982, victime d’un grave accident alors qu’il s’exerçait en vue du Grand Prix de Belgique.

Jacques suit les traces de son illustre père. Ses succès en IndyCar lui ont permis de joindre les rangs d’une des écuries de pointe de la Formule 1, Williams-Renault.

Alors que les discussions du comité de sélection allaient bon train concernant le prochain lauréat du trophée Lou-Marsh, Villeneuve complétait sa quatrième journée d’une dure session de tests sur la piste d’Estoril, au Portugal. Il a inscrit le deuxième meilleur temps derrière son coéquipier Damon Hill, après avoir été le plus rapide mercredi, devançant tout de même le double champion du monde Michael Schumacher.

Le trophée commémore le regretté Lou Marsh, longtemps journaliste sportif du Toronto Star. Le lauréat est choisi par un comité de sélection composé de journalistes sportifs de trois quotidiens de Toronto : Dave Perkins, du Toronto Star, David Langford, du Globe and Mail et Scott Morrison, du Toronto Sun. Neil Davidson, journaliste de la Presse Canadienne, et Brian Williams, de CBC Sports, complètent le comité.

Villeneuve a remporté l’honneur par une faible majorité sur le sprinteur Donovan Bailey, d’Oakville, qui a gagné l’épreuve du 100 mètres aux Championnats du monde d’athlétisme.

Les autres athlètes qui furent pris en considération sont le champion du monde de patinage artistique Elvis Stojko, de Richmond Hill, la patineuse de vitesse Susan Auch, de Winnipeg, le voltigeur des Rockies du Colorado Larry Walker, de Maple Ridge, en Colombie-Britannique, et le centre des Flyers de Philadelphie Eric Lindros, de Toronto.

Le comité a arrêté son choix sur Jacques Villeneuve pour plusieurs raisons. Tout d’abord en raison de sa constance tout au long de la saison, où il a remporté quatre victoires à Miami, Indianapolis, Cleveland et au Road America, au Wisconsin, en plus de décrocher six positions de tête lors des séances de qualifications. Ensuite, pour sa brillante performance lors de la plus célèbre des courses automobiles, les 500 miles d’Indianapolis, où il a gagné la course malgré une pénalité de deux tours. Finalement, pour s’être ouvert les portes de la Formule 1 en connaissant une séance de tests exceptionnelle.

Villeneuve n’a pu être rejoint hier afin de commenter la nouvelle, alors qu’il était sur la piste du Portugal.

Alors que des traditionalistes s’offusquent du fait que des pilotes de course soient en compétition avec des athlètes provenant d’autres sports, certains physiologistes avancent maintenant que les pilotes de F1 sont les athlètes ayant la meilleure condition physique, tout sport confondu.

Petit et vigoureux, avec ses 5 pieds 6 pouces et 145 livres, Villeneuve était un excellent skieur de descente de compétition lors de son adolescence, qu’il a passée en Suisse où il fréquentait une école privée.

« J’aimais les sports de vitesse où il y a une part de risque, » dit Villeneuve. « J’ai dû faire un choix entre le ski et la course automobile, ce qui ne fut pas très difficile. La course automobile représente un plus gros défi. »

« Pour y arriver, il faut être en bonne condition physique, notamment en endurance, car les longues courses comme les 500 miles d’Indianapolis ou celles comportant de multiples virages sont très épuisantes. Je cours beaucoup, je nage le plus souvent possible et je m’entraîne en gymnase afin d’augmenter mon habileté à exercer des activités intenses, souvent dans des températures extrêmes, pour des périodes prolongées. »

Le fait de porter le nom de Villeneuve fut en partie la raison de son attirance envers les écuries de Formule 1. Gilles Villeneuve était une très grande vedette en Europe, particulièrement en Italie où il a piloté pour l’écurie adorée de Ferrari, avec son style fougueux et sa personnalité décontractée et facile d’approche.

Gilles a gagné six courses lors de sa cinquième saison, incluant une victoire dramatique en 1978, lors du Grand Prix de Montréal, sur le circuit qui porte désormais son nom.

Son fils ne veut pas embarquer dans le jeu des comparaisons, mais cela est impossible.

« J’étais trop jeune pour vraiment le connaître en tant que pilote automobile, je le connaissais en tant que père, mais c’était plaisant d’aller aux courses avec lui quand j’étais plus jeune, » dit Villeneuve. « Je n’ai pas décidé de devenir un pilote automobile parce que mon père en était un. C’était simplement quelque chose que je voulais essayer. »

Après avoir fréquenté les écoles pour pilotes de Mont-Tremblant, au Québec, et de Shannonville, en Ontario, il a suivi un cours de mécanique automobile qui a grandement amélioré son habileté à pouvoir préparer une voiture de course et à y faire les ajustements requis. Il a d’abord commencé dans les courses de berlines et à roues découvertes en Italie. Par la suite, il a passé une année en F3 au Japon, où il a remporté trois courses.

La compagnie Player’s Limited, longtemps commanditaire de courses automobiles, a fait venir Villeneuve en Amérique du Nord au début des années 90. Il a débuté dans le Championnat Atlantique en 1993, où son père Gilles s’est fait un nom lui permettant d’obtenir un essai en F1, avant de faire son entrée en IndyCar avec l’équipe menée par le brillant Barry Greene.

Villeneuve a terminé deuxième derrière Al Unser Jr lors des 500 miles d’Indianapolis en 1994. Il a de plus remporté la course de Road America grâce à un brillant dépassement en fin de course sur le Canadien Paul Tracy, ce qui lui a permis d’être élu la recrue de l’année sur le circuit. Cela augurait bien pour l’avenir.

Il n’y a que trois écuries de F1 qui remportent des courses, soit Williams, Benneton et Ferrari, et Villeneuve fut invité à un essai avec Williams au mois d’août.

Il a enregistré des temps semblables à ceux de ses coéquipiers Damon Hill et David Coulthard. Hill conserva son poste, et Villeneuve fut engagé pour remplacer Coulthard, signant, en 1996, un contrat d’une valeur approximative de 5 millions de dollars.

« Cela pourrait bien prendre une douzaine d’années avant qu’une autre chance avec l’écurie Williams s’offre à moi, » disait Villeneuve. « Quand le train ralentit tranquillement en face de vous avec les portes grandes ouvertes, vous ne pouvez pas le laisser passer. »
Sous-titre de la photo : Le champion des 500 miles d’Indianapolis, Jacques Villeneuve, conclut sa saison phénoménale de 1995 en mettant la main sur le trophée Lou-Marsh Memorial, remis chaque année à l’athlète par excellence au Canada.
Photo de Patti Gower, Toronto Star

Sous-titre de la photo : Et le gagnant est… Jacques Villeneuve après sa victoire de cet été aux 500 miles d’Indianapolis (ci-dessus), avec le drapeau à damier au Road America, et avec le trophée remis au champion de la série IndyCar (insérées en encadré). Hier, le fils du regretté Gilles Villeneuve est devenu le premier pilote automobile à être honoré du trophée Lou-Marsh Memorial.

Photos du Toronto Star
« J’étais trop jeune pour vraiment le connaître en tant que pilote automobile, je le connaissais en tant que père » – Jacques Villeneuve.