L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

Marilyn Bell

Natation

1954


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Encore des honneurs pour Marilyn : elle gagne le trophée Lou-Marsh

vendredi, le 31décembre 1954

« MON MEILLEUR CADEAU DE NOËL », A DIT MARILYN LORSQU’ON LUI A ANNONCÉ QU’ELLE GAGNAIT
Par JIM PROUDFOOT

Mille neuf cent cinquante-quatre figurera probablement dans les livres de records comme la meilleure année dans le monde du sport depuis les fabuleuses années 20. Particulièrement au Canada, ce fut une grande année.

Les Canadiens faisaient de grandes choses dans tous les sports. Ils gagnaient des tournois qu’ils n’avaient jamais gagnés auparavant. Ils couraient plus rapidement qu’ils ne l’avaient jamais fait. Ils gagnaient des championnats du monde. Ils établissaient des records du monde.

C’est pourquoi il est particulièrement remarquable que Marilyn Bell remporte le trophée Lou-Marsh en tant qu’athlète la plus exceptionnelle de l’année 1954. Pour être reconnue la plus exceptionnelle parmi des athlètes aussi fabuleux, elle devait avoir été extraordinaire.

Et Marilyn Bell était extraordinaire. C’est encore difficile de croire que cette jeune fille de 16 ans ait pu lutter contre les vagues du tumultueux lac Ontario pendant près de 22 heures et environ 64 kilomètres pour devenir la toute première personne à avoir nagé cette distance. Mais elle l’a fait, et ce faisant, elle est devenue l’enfant chérie d’une nation dont elle a suscité l’admiration autant que l’avait fait Barbara Ann Scott, en 1948, lorsqu’elle gagna le championnat du monde de patinage artistique.

Le public a admiré Marilyn autant pour son extraordinaire nage que pour ce qui arriva au cours des semaines qui s’ensuivirent. Sans être perturbée par les cadeaux d’une valeur de 100 000 $ qu’elle a reçus, par des offres de productions cinématographiques et par ses apparitions à la radio et à la télévision, elle retourna à sa vie normale en tant qu’étudiante au collège Loretto de Toronto.

Pour choisir qui remportera le trophée Lou-Marsh en tant qu’« athlète le plus exceptionnel de l’année, amateur ou professionnel, masculin ou féminin », les juges doivent porter une attention particulière aux difficultés surmontées. Ce critère est spécialement vrai concernant la gagnante de cette année, car tout était contre Marilyn lorsqu’elle tenta de traverser le lac à la nage.

Lorsqu’elle quitta Yougstown, dans l’État de New York, le 9 septembre, elle avait peu de chances de réussir. Le lac était plus agité que d’habitude. Elle concourrait contre Florence Chadwick, considérée comme la meilleure nageuse de marathon au monde. Elle a regardé devant non avec l’idée d’un prix mais avec celle de nager pour « l’honneur du Canada ». Et elle le faisait avec la claire désapprobation des officiels de l’Exposition nationale canadienne, qui commanditaient Chadwick.

L’eau froide et les courants du lac n’ont pas semblé la déranger outre mesure, même s’ils ont forcé Chadwick à abandonner. Alors qu’elle avançait péniblement vers la côte de Toronto, la désapprobation et l’incrédulité se sont vite transformées en enthousiasme. Une foule estimée à près de 100 000 personnes l’a encouragée durant les 3 derniers kilomètres, les plus difficiles.

Plus tôt au cours de l’été, Marilyn avait quelque peu démontré son talent pour la nage en devenant la première femme à terminer le marathon d’Atlantic City.

Deux hommes partageaient le second choix des juges. Il s’agissait de Pat Fletcher, le golfeur de Saskatoon, devenu le premier Canadien en 40 ans à gagner l’Omnium canadien, et Richie Ferguson, le coureur torontois, qui a couru son 1600 m le plus rapide lors du « miracle mile » des Jeux de l’Empire britannique, plaçant derrière, en troisième place, Roger Bannister et John Landy.

Les autres athlètes mentionnés lors du vote furent Frances Dafoe et Norris Bowden, de Toronto, qui ont gagné le championnat du monde de patinage artistique en couple, Virginia Grant, l’excellente nageuse torontoise, ainsi que Jackie MacDonald et Gwen Hobbins, deux Torontoises ayant gagné des médailles en athlétisme aux «B.B. games ».
Le comité de sélection était composé de Charles Ring, qui a donné le trophée en 1939 à la mémoire de son ami, feu Lou Marsh, ancien journaliste sportif au journal The Star, de Charles Higginbottom et de Thomas Alison.

Mademoiselle Bell, dont la nomination fut soumise par son entraîneur, Gus Ryder, est devenue la cinquième gagnante des dix dernières années. La golfeuse Marlene Stewart a gagné le trophée en 1951 et la patineuse Barbara Ann Scott l’a remporté en 1948, 1947 et 1945. Le lauréat de 1953 était l’haltérophile Doug Hepburn.

Lorsqu’on lui a annoncé, à Atlantic City, qu’elle avait gagné le trophée, Marilyn a dit : « C’est le plus beau cadeau de Noël que j’aie jamais reçu. »