L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

Myriam Bedard

Biathlon

1994


‹ Retourner à l'athlète

Le style de Bédard toujours populaire

vendredi, le 16 décembre 1994

Par MILT DUNNELL
Collaboration spéciale

Dans ce Walhalla brumeux, où d’anciens guerriers de batailles athlétiques perdues ou gagnées portent des cicatrices qui s’estompent comme des médailles de championnats oubliés, quelques bouchons de champagne ont peut-être sauté à l’annonce du choix de Myriam Bédard en tant que gagnante du trophée Lou-Marsh de 1994, le plus ancien prix récompensant l’excellence sportive individuelle au Canada.

« Le résultat n’aurait pas été meilleur si nous avions voté nous-mêmes, » c’est-ce qu’on aurait pu entendre de la bouche de P.J. Mulqueen, autrefois chien de garde de l’amateurisme athlétique, parlant à Elwood Hughes, le coureur de demi-fond d’une seule prestation olympique qui a soulagé ses voûtes plantaires en devenant patron de l’Exposition nationale canadienne, la plus grande braderie annuelle au monde.

« Elle est notre genre d’athlète. » Tom Alison, l’élégant rameur des Argonauts, aurait été d’accord, et se serait attiré les signes d’approbation de vieux associés comme Charlie Higginbottom et Charlie Ring.

Tous ont fait partie des premiers jurys qui ont choisi les noms maintenant immortalisés sur la colonne de marbre noir, haute de presque un mètre et couronnée du logo de la chronique quotidienne largement lue et continuellement citée que Lou Marsh publiait dans les pages sportives du Toronto Star.

Après le décès de Marsh en 1936, son ami de longue date, Charles Ring, qui faisait la couverture de galas de boxe, qui étaient très suivis à l’époque, a commandé au sculpteur torontois Emanuel Hahn un trophée qui refléterait le style simple, direct et sans retenue du journaliste sportif le plus connu au pays.

Mulqueen a été le premier président du comité de sélection du nouveau trophée et il n’y a bientôt plus eu de doute quant au type de candidat susceptible d’obtenir les faveurs des juges, et par conséquent leurs votes. Ceux-ci préféraient indéniablement les nominés qui avaient mérité une reconnaissance dans un sport individuel plutôt que dans un sport d’équipe.

Durant les réunions parfois longues et orageuses du petit comité, la question concernant un candidat joueur de hockey, de football, de crosse ou de basket-ball était : « Quel crédit doit-on lui accorder. Quel crédit doit-on accorder à ses coéquipiers (ou coéquipières)? »
Les résultats des élections à cette époque indiquaient que les membres d’équipes ont dû faire bien du chemin avant d’être entendus. Les athlètes individuels avaient le dessus. Même les juges ayant remplacé les types olympiques originaux ont adhéré à leurs directives.

Dans les 30 premières remises du trophée, seulement deux équipiers ont reçu la distinction. Joe Krol, des Argonauts, en a été le gagnant en 1946, dix ans après la création du trophée. Il a fallu onze autres années avant que Maurice « Rocket » Richard, des Canadiens de Montréal, devienne le deuxième candidat à remettre en questions ces préférences.

Le « Rocket » avait été un choix plus qu’évident en 1946, après avoir compté 50 buts en 50 parties dans la LNH. Aucun joueur ne l’avait fait avant lui.

Mais aucune patineuse canadienne de 16 ans n’avait jamais remporté le Championnat du monde de patinage artistique non plus. Barbara Ann Scott l’a fait. Désolé Maurice, on retourne au banc…

Les flammes du « Rocket » n’étaient pratiquement plus que de la braise lorsqu’il a reçu l’appel. Sa carrière illustre était en fait à son crépuscule, mais le jury du trophée Lou Marsh à l’époque l’avait aimé en raison d’une capacité essentielle pour tous les gagnants du trophée et qui a fait partie des exigences des juges dès le départ : celle d’arriver à surmonter un handicap pour triompher.

Dans cette catégorie, aucun candidat n’a jamais tant mérité de reconnaissance que Maurice Richard, pas même Doug Hepburn, lauréat en 1953, qui a refusé de laisser un bras atrophié et une entorse à la cheville l’empêcher de s’emparer d’un championnat d’haltérophilie. Pas même Marilyn Bell, qui, l’année suivante, a électrisé la nation en conquérant les vagues glaciales du lac Ontario par une lutte de près de 20 heures. Elle n’avait que 16 ans.

Le « Rocket » était censé en avoir fini pour de bon en 1957, mais le principal intéressé semblait l’ignorer. Pendant une partie au Maple Leaf Gardens, tôt dans la saison, ses tendons d’Achille avaient été presque sectionnés par le patin de Marc Réaume.
Après avoir participé à seulement 28 matchs au calendrier, il est revenu pour les séries éliminatoires, a compté onze buts en dix parties et a mené les Canadiens à la Coupe Stanley.

Ce même refus d’accepter le malheur a pratiquement décrété l’élection de Mario Lemieux en 1993. Le Magnifique a eu des détracteurs à peu près à partir du premier jour de sa carrière professionnelle. Tous ceux qui savent vraiment si Gary Bettman est pour le monde du hockey le commissaire de la LNH, ou simplement le porte-parole des propriétaires de clubs, en sont parfaitement conscients.

Mais même ceux qui dénigraient Lemieux sont restés sans voix lorsqu’il a manqué 24 parties d’une saison pour traiter la maladie de Hodgkin à coups de radiothérapie et qu’il est revenu pour gagner le championnat des marqueurs de la LNH et le trophée Hart en tant que joueur le plus utile à son équipe.

À l’époque de cet événement marquant de l’histoire du trophée, bien entendu, les gens qui faisaient partie des comités de sélection étaient surtout des journalistes sportifs ayant une bonne compréhension du fait que, sans grandes contributions d’individus exceptionnels, il ne peut y avoir de grandes équipes.

Ceci, ajouté au fait que Wayne Gretzky, Guy Lafleur, Bobby Orr et Phil Esposito ont ensemble mis le livre des records du hockey en lambeaux, a donné lieu à une nouvelle ère dans la compétition pour l’obtention du prix convoité. Les membres d’équipes étaient désormais admissibles.

Durant ces années arides pour les équipiers, quelques dossiers plus qu’impressionnants ont néanmoins pris le chemin de la corbeille.

Gordie Howe a gagné le trophée Hart du meilleur joueur six fois entre 1952 et 1963. Il a remporté le championnat des marqueurs de la plus grande ligue au monde six fois, dont quatre années de suite. Mais on ne trouve pas son nom sur le trophée Lou-Marsh.
Appelez-le seulement le trophée que Gordie Howe n’a pu gagner. Pourtant, Bobby Hull, qui a compté 913 buts dans la LNH et la défunte l’Association mondiale de hockey, ne l’a jamais gagné non plus. Pas plus que Jean Béliveau, qui a choisi de ne pas devenir Gouverneur général, ou Lui Passaglia, membre vénéré du Temple de la renommée du football canadien.

Il ne faut donc pas dire aux vieux juges dans ce Walhalla brumeux que Myriam Bédard, à qui ils portent aujourd’hui un toast, fait aussi partie d’une équipe. Entre deux médailles d’or dans une des disciplines les plus exigeantes des Olympiques d’hiver, elle est passée voir l’équipe de hockey olympique canadienne, leur a montré sa médaille d’or et a dit : « C’est pour ça qu’on est venus les copains! Allez-y! »

Elle ne pouvait pas savoir à quel point Lou Marsh en aurait fait un article fantastique.
Sous-titres des images :

DANS LE MILLE : La double médaillée d’or olympique Myriam Bédard, de Loretteville au Québec, espère obtenir une première place au classement général de la Coupe du monde de biathlon dans les années à venir.