L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

Phil Edwards

Athlétisme

1936


‹ Retourner à l'athlète

PHIL EDWARDS A DRAGUÉ EN FRANÇAIS

samedi, le 9 janvier 1937
Le seul langage partagé avec son épouse allemande
IL REMPORTE LE TROPHÉE MARSH
Par R. Z. KNOWLES

Aujourd’hui, vers dix heures, j’ai observé une personne qui semblait assez athlétique, je sais maintenant, debout à coté d’une colonne conçue pour rappeler aux milliers de personnes qui l’examineront au cours des années la précieuse mémoire de ce Lou Marsh dont le nom restera à perpétuité dans les coeurs canadiens.

Une minute ou deux plus tard, je rencontrai cet étranger svelte et agile, Phil Edwards, dont le nom est si soudainement devenu, par la proclamation d’un comité infaillible, un nom d’usage dans tout ce qui rend hommage au sport. Ce Dr Phil est le premier lauréat du trophée commémoratif portant l’inscription « With Pick and Shovel », inauguré à la mémoire de l’incomparable Lou.

J’ai rapidement mis la célébrité en confiance, sous mon aile, dans mon bureau.
« J’ai souvent, souvent lu et apprécié vos articles » fut la première remarque du Dr Phil alors que nous nous installions, une information qui, croyez-moi, n’a entaché en rien l’estime que j’avais de lui. Il a continué: « j’ai toujours lu le Toronto Star », et j’ai répondu : « çela, Dr, vous rend intelligent, mais ça ne vous distinguera jamais des autres, il y a plus d’un million de gens, et même plus, qui peuvent se vanter de cela. »

Il rencontre sa femme pour la première fois à Amsterdam
« Je connais votre journaliste sportif, Alexandrine Gibb », a continué le sympathique champion.
« Vous semblez, Dr, être d’humeur plutôt vantarde. » J’ai ajouté : « je connais aussi mademoiselle Gibb. »
« Elle et moi étions en équipe ensemble, a-t-il poursuivi, en 1928, 1930, 1932 et 1934 », ce qui revient à dire « égalez cela si vous le pouvez. »
Je revins à nos affaires du jour : « où avez-vous vu le jour? »
« En Guyane britannique. »
« Et votre femme vient de là aussi? », ai-je demandé, prenant sur mon bureau une photo de la dame en question, aux côtés de Phil.
« Oh non!, elle vient d’Allemagne. Elle est diplômée universitaire. On s’est d’abord rencontrés à Amsterdam, elle parle cinq langues. »
« Parlez-vous allemand? » « Non, le français était le seul langage que nous connaissions tous les deux à cette époque. Alors toutes nos conversations devaient être en français. »

Il apprend la nouvelle à l’hôpital

« Et, me risquai-je, je suppose que pour un certain temps, « je t’aime » était à peu près tout ce que vous disiez? Est-elle intéressée à poursuivre la vie particulière qui l’a rendue célèbre? « Absolument. »
« Comment a-t-elle été informée de votre dernier triomphe? » « Et bien, j’étais à l’hôpital Royal Victoria de Montréal, je suis résident là-bas, quand madame Gibb m’a téléphoné pour me dire que le trophée m’avait été décerné. J’étais terriblement occupé à ce moment-là. »
« À qui avez vous annoncé la nouvelle en premier? » « À ma femme, bien sûr » n’était-elle pas fière? »
« Je l’espère », ai-je répondu poliment. Depuis combien de temps êtes-vous mariés? » « Environ six ans. »
« Quelques petits Edwards? » ai-je poursuivi. « Non »., dit-il sans remords.
« Lorsque vous êtes venus au nord pour la première fois depuis la Guyanne britannique, quel est le premier endroit où vous avez habité, Dr Edwards? » « New York, j’étais venu visiter le beau-père de ma soeur. »

Diplômé de l’Université de New York
« Est-ce aussi dangereux que de rencontrer la belle-mère de votre frère? » ai-je soucieusement demandé. « Voyez-vous, je me suis assuré d’obtenir mon diplôme de l’Université de New York avant de débuter à McGill, en 1931. »
« Vous y êtes toujours? » « Oui. Je suis résident à l’hôpital, Royal Victoria. »
« Quels malheureux termes », ai-je commenté. « Mais vous n’êtes pas vraiment " interné "? »
« Oh, non, dit-il, mais je suis d’accord avec vous, ce mot est effrayant. »
« Maintenant- pour en venir à ce qui nous intéresse le plus dans votre vie, où avez-vous rencontré Lou Marsh pour la première fois? »
« Sur un bateau, nous allions à Amsterdam. Il m’a d’abord enseigné à jouer au poker. C’était un ami sans égal, il m’a aidé, par ses articles, plus que je ne pourrai jamais le dire. »
« Que diriez-vous, ai-je dit en faisant une parenthèse, qu’est-ce qui rendait les écrits de Lou si exceptionnels? »
« Et bien, je dirais, je pense, que c’était le coeur qu’il y mettait. Qu’en pensez-vous? »
« Je ne suis pas supposé penser, m’excusai-je, mais j’ai toujours pensé que l’un des plus grands atouts de Lou était son élégante maîtrise de la langue populaire, un noble cadeau après tout. À propos,êtes-vous au fait de l’implication de Charles E. Ring dans ce prix? »
« Évidemment que je sais et je pense que c’est tout simplement formidable de sa part », a répondu le gagnant du trophée.

Il gagne le trophée Crowe
« Connaissez-vous les membres du comité qui ont créé ce prix? » « Non, pas un, mais j’ai entendu parler de monsieur Mulqueen. »
« Plusieurs personnes en ont entendu parler, ai-je ajouté, avez-vous, à l’époque, remporté d’autres emblèmes de la suprématie? »
« Et bien, dit-il en réfléchissant, j’ai gagné le trophée donné par monsieur Norton Crowe, de Winnipeg, en tant que meilleur athlète,»
« Est-ce que l’athlétisme est votre seule spécialité? » « Oui, une chose dans laquelle on excelle, c’est bien assez pour un homme. En fait, pour exceller, j’imagine, les efforts que l’on met doivent converger vers une seule chose. Je suis un coureur, rien d’autre. »
« Voulez-vous entendre la meilleure blague que j’aie entendue sur la course? », ai-je demandé.
« Bien sur, » a répondu l’extraordinaire coureur. « Quelle était-elle? »
« Je l’ai entendue lorsque le Star m’a envoyé couvrir le « procès du singe » à Dayton, au Tennessee. Un homme plein d’esprit avait dit, alors que toutes les discussions étaient à propos de l’évolution, que la grande différence entre monsieur Jennings Bryan et un singe c’est que le singe court sur ses quatre pattes, tandis que M. Bryan court après les occasions. Mais dites-moi, quel est votre meilleur temps de course, Dr Edwards? »
« C’est arrivé à Londres – dans une course à relais, j’ai fait huit cents mètres en une minute quarante-neuf et sept dixièmes de secondes. »

Le quatrième coureur
« Wow », je ne pouvais que m’exclamer, je n’avais jamais vraiment pris part à une course .« Voulez-vous vraiment dire que vous avez couru huit cents mètres en moins de deux minutes? »
« Certainement, répondit calmement la gazelle humaine, j’étais le quatrième coureur, vous savez. »
« Vous traîniez une ancre? », ai-je demandé.
« Oh, non, non, a rétorqué le sophistiqué, j’étais le dernier homme de quatre à courir. j’avais le dernier tour. J’étais contre le quatrième coureur des Américains, voyez-vous? »
« Oh, oui, ai-je acquiescé intelligemment, juste en avant de lui, je suppose » (espérant que c’était acceptable pour la gazelle) « et il courait, lui aussi? »
Le pauvre Phil fronça les sourcils pour la première fois : « Il était mon concurrent immédiat, a-t-il expliqué, sur le dernier tour , et laissez-moi vous dire, il est actuellement le champion olympique sur piste, il avait 30 verges d’avance sur moi. »
Il bat le record, mais…
« Pas une si grande avance que ça, après tout », ai-je amicalement dit. « Bien sur, par contre… »
Une autre fois, le pauvre Phil fronça visiblement les sourcils: « oh, non. » Il ajouta : « voyez-vous, je veux dire, il avait 30 verges d’avance sur moi et je devais réduire cet écart. Je l’ai fait, aussi, son record était, pour le 800 m, d’une minute quarante-neuf et huit dixièmes de secondes. »
« Alors vous avez battu cet imbécile », ai-je annoncé joyeusement, « par un dixième de seconde - c’est serré, non? Mais dites-moi, Phil, (d’un coureur à un autre) quel était le record mondial au 800 m? »
« Une minute quarante neuf et huit dixièmes de secondes- mais vous voyez… »
« Alors vous êtes devenu le détenteur du record mondial, n’est-ce pas Phil? ai-je exulté, pourquoi ne pas m’avoir dit cela lorsque nous avons commencé? »
Le malheureux champion poussa un grand soupir, comme s’il tentait de trouver un second souffle. « J’ai peur que vous ne compreniez pas, puis il reprit, l’air abattu, le hic, c’est que les courses à relais ne comptent pas pour l’enregistrement des records du monde. »
Pourquoi cette discrimination?
« Je me doutais qu’il y avait une attrape à quelque part », ai-je opiné. « Qu’ont-ils donc contre les records du relais? »
« Et bien, d’abord, dans un relais, le départ n’est pas accroupi, vous voyez… »
« Mais un homme ne devrait-il pas être plus performant quand il débute sa course frais et dispos, sans être fatigué? », ai-je imploré, essayant tant bien que mal de me mettre dans la peau d’un sportif, mais pensant un instant à Blucher à Waterloo, et souhaitant pitoyablement que Fred Jackson, ou même Gordon Sinclair, n’importe lequel des patrons du service des sports surgisse dans mon bureau et emmène ce dialogue loin de mes mains incultes. « Dites-moi, Dr Edwards, combien de temps cela prend-t-il pour récupérer après une telle course? », ai-je demandé pour m’en sortir.
« Cela dépend largement de votre condition, a répondu le maître (paraissant désolé pour moi), mais quelques heures suffisent, normalement, pour récupérer. »
« Est-ce qu’ils doivent vous porter? », ai-je doucement demandé. « Non- c’est ce pourquoi on s’entraîne : peu importe ce qui arrive, on peut toujours utiliser nos jambes. »
« Bien sur, ai-je acquiescé avec entrain, parce que je suppose que vous ne savez jamais quand vous désirerez les utiliser encore. Avez-vous déjà vu Lord Burghley? », ai-je demandé, pour rendre les choses un peu plus nobles.
« Oui, en effet, je le connais très bien. »
Une sœur avocate
« Êtes-vous, Dr Edwards, le seul des coureurs à être au sommet de sa carrière en ayant, ou presque, trente ans? », ai-je demandé (une question qui, bien que pas répondue de façon catégorique m’a plutôt impressionné. Sa famille était exceptionnellement favorable à l’athlétisme, m’a-t-il dit, et son rêve de devenir champion a été nourri par tout son entourage, et tout spécialement par sa chère sœur, ai-je déduit, qui vit avec sa mère à New York, où elle est avocate).
La dernière question que je lui ai posé en entrevue fut : « Et maintenant, Dr Phil, que convoitez-vous? laissez-moi vous citer une excellente phrase de l’ancien président de notre université, Daniel Wilson : « Jamais n’ont arrêté les pieds pressés d’un coureur lorsqu’ils atteignaient leur but, le véritable achèvement consistant à satisfaire l’âme. » Comment vous sentez-vous par rapport à cela? »
« Et bien, fit-il après un moment, je crois plutôt que je suis sur le point de m’arrêter. Voyez-vous, monsieur, en matière d’athlétisme, la chose la plus importante est de savoir ceci : quand s’arrêter. »
J’ai dit : « Phil, vous l’avez dit! Et même plus, le plus grand art de la vie, même si nous n’avions tout simplement pas de jambes, est d’apprendre quand s’arrêter. »