L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

Susan Nattrass

Tir

1981


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Nattrass remporte le trophée Lou-Marsh

vendredi, le 18 décembre 1981

Une inconnue, tireuse au pigeon d’argile, est nommée athlète de l’année
Par Rick Matsumoto Toronto Star

Susan Nattrass a remporté six championnats mondiaux de suite dans sa discipline.
Dans plusieurs pays, cet exploit l’aurait rendu célèbre, mais pas au Canada.
Ici, c’est une parfaite inconnue, classée très loin derrière dans la liste des héros du sport canadien tels que Wayne Gretzky et Steve Podborski.

Hier, par contre, ses exploits mondiaux qui ont fait d’elle la meilleure tireuse au pigeon d’argile ont enfin été récompensés puisqu’elle a été nommée grande gagnante du trophée Lou-Marsh pour la meilleure athlète canadienne de 1981. En plus de remporter ce prix, qui est remis annuellement en l’honneur du défunt journaliste sportif du Toronto Star, Lou Marsh, Nattrass a surpassé Podborski, le champion de la Coupe de monde de ski, Gretzky, le magicien de la rondelle des Oilers d’Edmonton et la patineuse artistique Tracey Wainman, qui plus tôt cette semaine, a été nommée l’athlète canadienne de l’année par le biais d’un sondage dans la Presse Canadienne.

« Je suis tellement excitée, a dit Nattrass depuis sa maison d’Edmonton. Ça me dépasse. Cela sera merveilleux pour les amateurs de sports, spécialement pour les sports peu connus et moins populaires.»

Fox, le gagnant de 1980
Le gagnant de l’an dernier est le défunt Terry Fox pour son Marathon de l’espoir. Nattrass n’est pas la première tireuse au pigeon d’argile à remporter ce prix. Le médaillé d’or olympique George Genereux l’a gagné en 1952.

Nattrass, 31 ans, a admis qu’elle était « un peu déçue » lorsqu’elle a appris que la jeune femme de 14 ans, Tracey Wainman, était nommée l’athlète féminine de l’année dans le vote de la Presse Canadienne.

« Je me demandais ce que je devais faire, dit-elle en riant, mais je reconnais que c’est une bonne petite athlète et que le sport qu’elle pratique est bien plus connu que le mien. Je suis réaliste. Je me rends compte que plusieurs ne connaissent rien au tir au pigeon d’argile et tout ce qu’implique cette discipline. Ils me voient tirer avec un fusil et se demandent ce que fait cette femme. »

Les six titres mondiaux consécutifs qu’elle a remportés en tir au pigeon d’argile à Tucaman en Argentine le mois dernier représentent un exploit sans précédent.

Pendant les trois jours de compétition dans lesquels elle a dû endurer un mal à l’épaule et au dos en plus d’une chaleur de 40 degrés Celsius le premier jour, une journée brumeuse et peu lumineuse le jour suivant et un orage pour la journée finale, elle a tirée 189 des 200 pigeons d’argile avec son fusil préféré, un Perazzi italien MX 8.

Elle a tiré 16 cibles de plus que sa rivale, la Française Marricette Colavito, un des plus grands écarts jamais enregistrés dans ce sport.

Le succès de Nattrass, qui provient principalement de sa vision exemplaire, vient en fait de son talent naturel pour tirer. Son père Floyd était un tireur au pigeon d’argile dans les années 50 et 60. Nattrass a débuté comme « lanceuse » pour lui.

À l’âge de 13 ans, elle a commencé à développer sa propre technique et deux ans plus tard, elle a remporté son premier trophée à une compétition en Californie.

Premier titre
Elle a remporté son premier titre mondial à Berne en Suisse en 1974. Cependant, sa victoire la plus impressionnante est celle des championnats mondiaux de Séoul, en Corée, alors qu’elle a démoli 195 pigeons d’argile. Cet exploit s’avère être le record mondial féminin et les experts sportifs pensent qu’il ne sera jamais égalé.

L’exploit ultime pour Nattrass serait de remporter une médaille d’or olympique. À Montréal en 1976, avec la pression d’être dans son pays et de le représenter en plus d’être la première femme à participer à un événement olympique de tir au pigeon d’argile, elle a livré une performance décevante.

Elle était prête à faire mieux en 1980, mais le boycott canadien des Jeux Olympiques de Moscou pour protester contre l’invasion soviétique en Afghanistan l’a fâché et lui a enlevé le désir de participer.

Les Jeux Olympiques de Los Angeles de 1984 n’occupent pas ses pensées présentement. À l’Université de l’Alberta, elle se concentre plutôt sur le sujet de son doctorat qui porte sur l’étude de la relation entre la télévision canadienne et le monde du sport.

« Je prends une année à la fois, dit-elle. Si j’ai un emploi qui me laisse le temps de m’entraîner, alors oui, je participerai aux Jeux Olympiques. »
Son statut financier déterminera aussi si elle est capable de pratiquer ce sport pendant longtemps.

« Les tireurs au pigeon d’argile ne sont pas différents des autres athlètes amateurs du pays », dit Nattrass, qui a dépensé 10 000 $ de sa poche pour participer à la compétition de 1980. « C’est plus que la bourse que je reçois de Sport Canada. » Cette année, une bourse de 6 200 $, versée par la Recration Parks and Wildlife Foundation de l’Alberta, l’a aidée à payer ses dépenses.

Gerry Glassford, doyen de la Faculté d’éducation physique à l’Université de l’Alberta et conseiller pour sa thèse, jubilait lorsqu’il a appris qu’elle remportait le trophée.
« Je connais Susan depuis 12 ans et j’attends depuis longtemps qu’elle soit reconnue », dit-il. Le public et les médias canadiens ont pris du temps avant de la considérer comme une vraie championne. La qualité de sa technique est incontestable. Elle méritait cette reconnaissance et elle est reconnue aujourd’hui. »

Glassford a affirmé que des tests optiques ont déterminé qu’elle possédait un talent naturel pour suivre la trajectoire des objets.

« C’est une personne unique. Elle a de bonnes habiletés motrices, une vue incroyable et une facilité à se concentrer. C’est une athlète de niveau mondial. »
Ron Baker, entraîneur de l’équipe canadienne de tir au pigeon d’argile, connaît Nattrass depuis qu’elle est âgée de 7 ans.

« Je crois que c’est sa détermination qui m’impressionne le plus, dit-il. Quand elle est déterminée à bien tirer, elle le fait et lorsqu’elle prend part à une compétition, elle et se surpasse. »

« En plus, elle a une vue phénoménale. Elle peut lire un tableau d’affichage alors que je ne peux même pas le voir. Je suis certain qu’elle peut compter les tours que les pigeons font. »
Elle admet que sa vue est meilleure que la moyenne des gens.

« Je peux lire la ligne d’un texte qui est situé à 20 pieds de moi. Les autres peuvent la lire lorsqu’ils se trouvent à 10 pieds. »
Nattrass a été nommée au Conseil consultatif national de la Condition physique et du Sport amateur de 1981 à 1983. Elle a aussi été nommée au Conseil de direction de la fédération sportive du Canada. En 1981, elle a été élue par l’Association olympique canadienne et décorée de l’Ordre du Canada.
Voici les autres athlètes qui ont été considérés par les juges pour le trophée Lou-Marsh de cette année : Gretzky, Podborski, Wainman, le boxeur Shawn O’Sullivan et le nageur Alex Bauman.
Le comité de sélection est constitué de Harry (Red) Foster, président, Cec Jennings, journaliste sportif pour The Globe and Mail, Bruce O’Neil, assistant-journaliste sportif du Toronto Star, Ross Hopkins, journaliste sportif de la Presse Canadienne, Milt Dunnell et Paul Warwick, chroniqueurs sportifs au Toronto Star.
Sous-titre de la photo : Enfin la gloire : Susan Nattrass a souvent été ignorée lorsque venait le temps d’honorer le meilleur athlète canadien. Hier, la meilleure tireuse au pigeon d’argile a enfin vécu un moment de gloire lorsqu’elle a remporté le trophée Lou-Marsh pour l’athlète canadienne la plus remarquable de l’année.