L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

Terry Fox

Marathon de l'espoir

1980


‹ Retourner à l'athlète

Terry Fox, lauréat du trophée Lou-Marsh

jeudi, le 18 décembre 1980

« Si je ne suis pas un athlète pour ce que j’ai accompli, pendant l’entraînement, j’ai dû me préparer mentalement et physiquement… et puis, qu’est-ce qu’un athlète? »
Par Neil MacCarl, Toronto Star

Le héros du marathon : Terry Fox, originaire de la Colombie-Britannique, a été envahi par une vague de d’encouragement aussi grande que tout le pays. Il est devenu l’athlète canadien le plus remarquable de l’année. En fait, Terry a été nommé grand gagnant du trophée Lou-Marsh pour son Marathon de l’espoir qu’il a dû interrompre après 5000 kilomètres. Cette décision est très rarement prise de cette façon puisqu’il n’y avait pas d’autres finalistes parmi les candidatures reçues.

« Vous voulez rire, c’est fantastique », répliqua Terry Fox lorsque qu’il apprit hier après-midi par le Toronto Star que son Marathon de l’espoir avait été reconnu comme étant l’exploit sportif le plus remarquable du Canada en 1980. Pour cette raison, Terry est devenu lauréat du trophée Lou-Marsh.

L’homme de 22 ans, originaire de Port Coquitlam en Colombie-Britannique, a amassé des millions de dollars pour la recherche contre le cancer en parcourant pendant 5 mois 5000 kilomètres à travers le Canada avec une jambe artificielle.

« C’est tout un choc », dit-il lorsqu’il répondit au téléphone à Wainwright, Alberta, où il était en visite chez ses deux oncles.

Le trophée Lou-Marsh est remis chaque année en l’honneur du défunt journaliste sportif du Toronto Star, Lou Marsh. Ce prix est décerné à l’athlète canadien le plus remarquable, homme ou femme, qu’il soit professionnel ou amateur, qu’il pratique un sport individuel ou d’équipe.

La grande décision qui devait être prise par le comité de sélection était d’abord d’analyser si sa course était bel et bien un exploit sportif acceptable pour décerner un tel prix et si Fox se qualifiait en tant qu’athlète de l’année. Une fois cette décision prise, il a fait l’unanimité.

Aucun doute en tête
« C’est important pour moi », a expliqué Fox. « Je sais qu’il y a des gens qui pensent que je ne suis pas un athlète et que ce que j’ai accompli n’était pas un exploit sportif. »
« Selon moi, il n’y a aucun doute. Le défi est, si je ne suis pas un athlète, dans l’entraînement et dans tout ce que j’ai dû faire pour être prêt mentalement et physiquement. Je crois que je me suis surpassé. Et puis, qu’est-ce qu’un athlète? »

« Je pense à des athlètes de sports professionnels tels que le hockey, le football et le baseball. Plusieurs d’entre eux ne se donnent pas toujours à 100 %. Plusieurs d’entre eux ne sont là que pour l’argent. Ils n’aiment pas profiter de la partie et la jouer comme ils le devraient. »

« Toutes les heures d’entraînement, toute la volonté que cela m’a pris pour courir 40 kilomètres avec une jambe, et ce, tous les jours comme je l’ai fait pendant cinq mois, font de moi plus qu’un simple athlète. »

« Lorsque chaque journée se terminait, je devais entrer en relation avec les médias et faire des entrevues. Je ne crois pas avoir pu me reposer autant que j’aurais dû le faire pour parcourir la distance que j’ai parcourue. »

« Pour toutes ces raisons, je sais que j’ai fait de mon mieux en tant qu’athlète et avec le corps que j’ai. »

Malgré tout, Fox comprend le dilemme auquel le comité de sélection a fait face.
« Comment pouvez-vous comparer ce que j’ai fait aux 50 buts de Guy Lafleur? », a-t-il dit.
Parmi la multitude de lettres envoyées au Toronto Star concernant l’importance de l’exploit de Terry Fox, dont 400 soulignaient l’exploit de Fox la semaine dernière seulement, il y avait celle du docteur R. C. (Chuck) Bull de Weston.

« Je suis chirurgien, marathonien et chroniqueur pour le magazine Canadian Runner. Je tiens à souligner l’importance de l’exploit de Terry Fox », a-t-il expliqué.

« En discutant avec mes amis marathoniens, j’ai appris que la plupart des gens ne courent pas plus de quatre marathons par année et que ceux-ci ont besoin d’un mois pour s’en remettre. Terry courait au moins un marathon chaque jour et cela est déjà un très grand exploit, même sans membre artificiel. »

Des mois de thérapies
« De plus, lorsque j’ampute la jambe d’un patient, je lui dis que de marcher avec un membre artificiel, c’est comme si on se préparait pour réaliser un exploit olympique. Cela prend des mois de thérapies intensives et éventuellement, si la personne réussit à marcher sans s’aider d’une canne pour descendre de la voiture et se rendre au travail, je suis très heureux. »

Fox est né à Winnipeg en 1958. Sa famille a déménagé en banlieue de Vancouver alors qu’il était âgé de huit ans. En grandissant, son sport préféré était le basketball malgré sa silhouette un peu maigrichonne.

Il aimait regarder le hockey à la télévision, spécialement lorsque le Canada participait à des compétitions internationales.

« Je crois que c’est ce que j’aimais le plus regarder et s’il y avait un joueur que j’adorais, c’était bien Bobby Orr », dit-il.

Une tumeur au genou
Après l’école secondaire, il est allé à l’Université Simon Fraser se spécialiser en kinésiologie, l’étude des mouvements et des réflexes du corps humain. Cependant, en 1977, il a commencé à ressentir de la douleur dans son genou droit. Au début, un problème de cartilage était diagnostiqué, mais cette idée s’est vite transformée en tumeur et Terry a dû se faire amputer la jambe au dessus du genou droit.

Terry a eu l’idée du Marathon de l’espoir pendant l’automne 1979. Il a commencé sa course le 12 avril 1980 lorsqu’il a trempé sa jambe artificielle dans les eaux du port de St-Jean à Terre-Neuve. Le périple de 8000 kilomètres (5000 miles) jusqu’à Vancouver débutait.

Chaque jour de marathon pesait sur lui. Il était fatigué et perdait du poids. Le 4 juin, alors qu’il était rendu à Fredericton, il a aussi commencé à avoir quelques problèmes avec sa jambe artificielle.

Le premier juillet, il s’est donc empressé d’arriver à Ottawa pour les cérémonies de la fête du Canada et a rencontré le gouverneur général Ed Schreyer et le premier ministre Pierre Trudeau. Un rassemblement de gens à l’hôtel de ville l’accueillit à Toronto. Le Toronto Star avait fait venir ses parents afin qu’ils puissent l’encourager à courser dans la ville. Il a finalement attiré l’attention des médias et des gens et a pu rencontrer le joueur de hockey Daryl Sittler des Maple Leafs et Orr.


Cependant, son rythme ralentissait en raison des demandes d’apparitions publiques fréquentes en Ontario et Fox a commencé à montrer des signes de fatigue.

Son programme quotidien consistait à courir 19 kilomètres avant le déjeuner. Après avoir dormi jusqu’à la mi-journée, il pouvait courir un autre 8 kilomètres et, après s’être reposé encore une fois pendant le temps le plus chaud du jour, il finissait sa journée avec un autre 15 kilomètres de course.

Le 3 août, il est arrivé à Sudbury, ce qui marquait la moitié de son parcours. Il a été forcé de se reposer et a dû être transporté par avion à Sault Ste. Marie pour récupérer pendant deux jours. Il a souffert de tendinites puisqu’il courait toujours sur des surfaces dures.

Finalement, le premier septembre, à Thunder Bay, il a dû être hospitalisé pour un traitement en raison d’un rhume persistant. Enfin, c’est ce qu’il croyait.

Le jour suivant, la mauvaise nouvelle s’était répandue. Le Marathon de l’espoir devait être interrompu. Fox a expliqué dans une conférence de presse qu’il était atteint d’un cancer des poumons et qu’il devait retourner en Colombie-Britannique pour recevoir des traitements de chimiothérapie.

Course interrompue
Le marathon était annulé. Des centaines de gens, dont Sittler et d’autres athlètes professionnels, ont voulu compléter la course, mais Fox a refusé tout en les remerciant. Il espérait que la course soit simplement interrompue et non terminée.

« Présentement, je me sens assez bien, a-t-il dit hier. Je suis entre deux traitements. Je n’en reçois pas d’autres avant la fin du Boxing Day. »

« J’ai quelques jours de congé cette semaine. Je n’ai pas eu le temps de faire mes emplettes de Noël. Je mange tout ce que je peux engloutir et j’essaie de grossir un peu. »

« J’ai hâte que les traitements soient terminés et de commencer à travailler avec la Société du cancer. J’espère pouvoir aller parler aux enfants dans les écoles et leur donner de l’information sur le cancer. »

En raison de toutes ces circonstances uniques, il n’y avait pas d’autres finalistes pour le trophée.

Les autres nominés
Les autres athlètes nominés pour le trophée Lou-Marsh étaient :

la jockey Valerie Thompson, les skieurs alpins Ken Read et Steve Podborski, le sauteur à skis Steve Collins, le joueur de hockey des Oilers d’Edmonton Wayne Gretzky, les gymnastes Elfi Schlegel et Karen Kelsall, la sprinteuse Angela Taylor, la sauteuse en hauteur Debbie Brill, les cavaliers Jim Elder, Mark Laskin, Michel Vaillantcourt et Ian Millar, le sauteur en hauteur paralympique Arnie Boldt, le voltigeur des Astros de Houston Terry Puhl, le joueur de quilles Jean Gordon, le footballeur des Eskimos d’Edmonton Dave Cutler, le cycliste Gordon Singleton, le navigateur Paul McLaughlin, le joueur de curling Rick Folk, les golfeurs Dan Halldorson et Jim Nelford, le nageur Peter Szmidt, la canoéiste Susan Holloway, l’athlète paralympique d’athlétisme Anne Farrell, le joueur de soccer Robert Iarusci et la parachutiste sportive Kathleen Cox.

Harry (Red) Foster est le président du comité de sélection qui compte aussi Gordon Grant, journaliste sportif à la Presse Canadienne, George Gross, journaliste sportif au Toronto Sun, Cec Jennings, journaliste sportif pour The Globe and Mail, le commissaire aux sports de l’Ontario Jim Vipond, Milt Dunnell, chroniqueur sportif du Toronto Star et Ken McKee, journaliste sportif du Toronto Star.