L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

Theo Dubois

Natation

1941


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Theo Dubois, deux fois couronné champion d’aviron, gagne le trophée Lou-Marsh Memorial

samedi, le 3 janvier 1942

LE GAGNANT…THEO DUBOIS, CHAMPION RAMEUR DU CANADA ET DES ÉTATS-UNIS

LE TROPHÉE… Décerné à l’athlète par excellence de l’année au Canada

ARRIVÉ SECOND… Ralph McCreath, champion canadien et nord-américain de patinage artistique

Le rameur de Winnipeg remporte le prix le plus convoité au pays
Il bat Ralph McCreath par un vote lors du scrutin

Par FRED JACKSON

Winnipeg, ville des champions, a célébré aujourd’hui un autre triomphe sportif.

La prospère capitale du Manitoba a rendu hommage à Theo Dubois, champion rameur en couple du Canada et des États-Unis, désigné hier soir en tant que lauréat du trophée Lou-Marsh Memorial pour l’année 1941. Theo a gagné de justesse, un seul vote le séparant du lieutenant Ralph McCreath, as du patinage artistique.

Obtenir cette distinction, la plus importante au pays et remise annuellement en mémoire de feu Lou E.-Marsh, rédacteur en chef des nouvelles sportives du Toronto Star, est le point culminant d’une année pleine de succès pour l’imposant rameur. Il est le rameur le mieux classé en Amérique du Nord. Une semaine auparavant, il partageait la première place avec Bill Cowley, des Bruins de Boston, pour le titre de « réussite sportive individuelle par excellence de l’année ». Il a terminé troisième derrière Tony Golab, le célèbre footballeur d’Ottawa, et Cowley pour le prix de l’athlète de l’année de la Presse Canadienne.

Les juges, Charlie Ring, donateur du trophée, P.J. Mulqueen, Tom Alison, Oscar Pearson et Elwood Hughes, n’ont pas eu la tâche facile. Theo a finalement obtenu trois premières positions et une deuxième, McCreath, deux premières et une deuxième. Le Montréalais Dave Castilloux, roi de la boxe des poids léger et mi-moyen du Canada, a décroché deux secondes places, et Mary Rose Thacker, championne de patinage artistique de Winnipeg, trois troisièmes positions.

L’athlète de Winnipeg est le deuxième rameur à gagner le trophée. Bobby Pearce, de Hamilton, avait été sélectionné en 1938. Les autres anciens lauréats incluent Phil Edwards, champion d’athlétisme, le lieutenant Marshal Cleland, cavalier, Bob Pirie, nageur torontois, et Gérard Côté, de Saint-Hyacinthe, marathonien.

Le trophée se retrouve donc dans l’Ouest pour la première fois et s’ajoute aux autres honneurs reçus par Theo… et aux championnats nord-américains et canadiens de Mary Rose Thacker… à la Coupe Grey, emblème du championnat canadien de football gagné par les Blue Bombers de Winnipeg… à la Coupe Memorial du hockey junior canadien, honneur remporté par les Rangers de Winnipeg… et au titre de champion canadien d’échecs, détenu par Abe Yanofsky, 13 ans.

La victoire de Theo cristallise aussi une kyrielle de réussites obtenues par des athlètes individuels. Depuis sa fondation par Charlie Ring il y a six ans, le trophée n’a jamais été décerné à un équipier. Apparemment, à en juger par l’annonce officielle, les membres d’équipes ne réussissent pas à recueillir les votes.

Le lauréat recevra son trophée vers la fin du mois. Elwood Hughes ira à Winnipeg pour procéder à la remise.

Theo a commencé à pratiquer l’aviron il y a dix ans. Son ascension au sommet a été longue, mais constante… le résultat d’un entraînement acharné et d’une détermination obstinée à réussir dans son sport. Il s’est exercé sur le bassin d’entraînement de la rivière Rouge, à Winnipeg, et était toujours le premier homme sur l’eau au printemps… et le dernier en automne.
Il fait maintenant partie des meilleurs athlètes au Canada!

« UN HONNEUR MERVEILLEUX » – THEO DUBOIS, RAMEUR COMBLÉ

Le gagnant du trophée Lou-Marsh Memorial veut toujours affronter Burk
INSPIRÉ PAR SA MÈRE

Collaboration spéciale

Winnipeg, le 3 janvier – Le sommet de l’échelle dans toute activité, que ce soit le sport, les affaires, ou même la politique, est généralement l’objectif de tout athlète, homme d’affaires ou politicien.

Étant donné que Theo Dubois, désigné aujourd’hui en tant que gagnant du trophée Lou-Marsh Memorial, a prouvé qu’il était un des plus grands athlètes au Canada – et le meilleur rameur en Amérique du Nord – il est logique de supposer qu’il a réalisé sa plus grande ambition.

Paradoxalement, ce n’est pas le cas.

Il y a deux ans, le plus grand rameur au monde a été frappé de l’envie brûlante de battre Joe Burk, champion mondial d’aviron avant qu’il ne prenne sa retraite dans son verger de la Pennsylvanie, il y a environ 18 mois.

Donc, même si le rameur de Winnipeg a atteint l’apogée dans sa fragile embarcation, il n’a jamais pu – et ne pourra jamais – vaincre Joe Burk qui, en 1940, l’avait vaincu aux finales nord-américaines.

La reconnaissance de Winnipeg pour ses exploits extraordinaires de 1941, ainsi que le trophée Lou-Marsh, ont toutefois récompensé Theo, dans une certaine mesure.

Il ne pourrait espérer mieux

« C’est un honneur merveilleux, a confié le Belge à la carrure impressionnante, et je ne pourrais espérer mieux, même si j’avais l’occasion de battre Burk. »

Il est sincère lorsqu’il dit qu’une victoire sur Burk aurait comblé ses ambitions.

« Les gens n’oublient pas, explique-t-il en souriant, que j’ai gagné le titre nord-américain après –
et non avant – que ne Burk prenne sa retraite. »

Cela nous ramène à un après-midi ensoleillé de l’été dernier. Theo s’était lancé dans une énergique séance d’entraînement d’une demi-heure sur la rivière Rouge pour épater une demi-douzaine de rameurs de la « vieille garde » du club d’aviron de Winnipeg, juste avant son départ pour les championnats nord-américains.

Il était observé par Conrad Riley, chef de nage d’un huit de pointe senior immortel du début des années 1800. Conrad a aimé le dynamisme de Theo et sa douce cadence, par cette belle journée d’été.

« L’eau n’est pas très haute, a-t-il fait remarquer à Selby Henderson, un autre grand rameur de l’époque. C’est un joli 38. Il a appris quelques trucs de Burk l’an passé on dirait. »

Pour sa part, Dubois n’a pas nié le fait qu’il était déçu de ne pouvoir affronter Burk à nouveau.

Ses épaules musclées scintillantes de la sueur de l’entraînement, Theo, toujours à bord de sa coque, se confie :

« J’aurais pu battre Joe l’an passé, vous savez. J’ai éprouvé plus de difficultés que prévu en semi-finale et quand je suis arrivé en finale, j’ai senti que les muscles se raidissaient dans mes bras. J’ai maintenu la cadence pendant 1,2 km, mais après, il ne me restait plus assez de force pour Joe. »

« Un mode de vie »

Theo aime-t-il vraiment son sport? Est-ce seulement de l’exercice ou est-ce plus sérieux?

« L’aviron devient un mode de vie, je suppose. Je ne le prends pas trop au sérieux, même si je ne peux pas l’abandonner non plus. J’ai quand même dépensé 1200 $ dans ce sport ces trois dernières années. »

Mille deux cents dollars. « Oui, les frais de déplacement sont assez élevés, et cette coque m’a coûté 400 $. Je l’ai achetée à Fort William, elle a appartenu à Bobby Pearce. »

Theo, 30 ans et 185 livres, a commencé à ramer il y a 18 ans. C’est l’intérêt de sa mère pour l’aviron qui l’a initié à ce sport.

« Il y avait 16 clubs d’aviron à Bruxelles, la ville natale de ma mère, dit-il, je suis tombé dedans, en quelque sorte. »

Il menait un train de vie solitaire dans sa coque. L’intérêt pour l’aviron était en déclin à Winnipeg il y a quelques années, mais Theo continuait d’aller sur la rivière Rouge soir après soir, habituellement seul.

Il a effectué la majorité de son entraînement sous la supervision de Selby Henderson et a été aidé par d’autres grands noms de l’aviron.

Mais c’est surtout son imperturbable détermination dans une obscurité presque complète qui a valu le trophée Lou-Marsh Memorial à cet homme, qui mène maintenant une vie confortable en vendant des assurances dans son Winnipeg natal.