L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

Roger Jackson

Aviron

1964


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Une mauvaise année payante... pour Hungerford et Jackson

mardi, le 29 décembre 1964

Les rameurs olympiques gagnent le trophée Lou-Marsh, mais le manque d’argent pourrait les séparer.

Par PAUL RIMSTEAD

Placez deux hommes de même niveau dans une embarcation, George Hungerford et Roger Jackson, ajoutez de l’eau et le succès est assuré.

Cela a paru aussi facile en octobre dernier, à Tokyo, lorsque Hungerford et Jackson ont surpris le monde du sport en remportant la médaille d’or olympique en concourant ensemble.

« Par contre, ce que les gens ne savent pas, dit Hungerford, c’est que nous avons eu une très mauvaise année tant au niveau de l’aviron que de l’entraînement. »

Aujourd’hui, cette année difficile a encore été payante. C’était peu probable, mais les deux héros ont été nommés grands gagnants du trophée Lou-Marsh de 1964.

Le prix, créé en mémoire du défunt journaliste sportif du Toronto Star, Lou E. Marsh, est remis annuellement au meilleur athlète canadien, amateur ou professionnel, homme ou femme.

La sélection est faite par un comité, composé de cinq sportifs, qui est présidé par Harry « Red » Foster de Toronto.

Les autres membres de ce jury sont Charles Ring, qui a remis le trophée, Charles Higginbottom, Donald Ross et Oscar Pearson.

D’autres athlètes étaient sélectionnés pour ce prix dont Bill Crothers, le gagnant du trophée de l’an dernier et gagnant d’une médaille d’or au 800 mètres des Jeux Olympiques, l’équipe canadienne de bobsleigh composée des quatre hommes qui ont remporté l’or aux Jeux Olympiques d’hiver, le jockey Ron Turcotte et le médaillé d’argent de judo dans la catégorie lourd, Doug Rogers.

Hungerford et Jackson, étudiants à l’Université de la Colombie-Britannique, étaient ceux qui avaient le moins de chance de remporter une médaille à Tokyo. Ils ont réussi un exploit remarquable et maintenant, ils semblent ne pas pouvoir continuer la course.
Jackson, le Torontois, devra probablement mettre un terme à sa courte carrière pour des raisons financières.

« C’est simple, raconte Hungerford, Roger n’a pas d’argent. Cela signifie qu’il devra commencer à travailler et arrêter de ramer. »
Hungerford, jeune futur avocat, en est à sa quatrième année d’étude en arts et Jackson, déjà diplômé de l’Université de Western Ontario, termine sa maîtrise en éducation physique.
Pour vous rafraîchir la mémoire, ce sont ces deux jeunes collègues inconnus qui ont participé ensemble à la compétition à Tokyo. D’autres rameurs canadiens étaient assis dans les estrades, priant pour que leurs camarades ne soient pas humiliés.
Hungerford a été membre des puissants « UBC eights », l’équipage de huit, jusqu’à ce qu’il soit atteint d’une mononucléose en août dernier. Pour cette raison, il a dû se retirer de l’équipe et devenir substitut. Par contre, c’est grâce à cela qu’il a commencé à faire équipe avec Jackson.

« Nous avons été totalement surpris par notre victoire », explique aujourd’hui un Hungerford souriant. Cependant, on peut dire qu’ils ont encore plus pris le monde par surprise.
S’ils continuent de faire équipe, si quelqu’un réussit à trouver un moyen de garder Rogers, sans revenu, dans la course, les garçons rameront à Londres aux Henley Royal Regatta de 1963. Une autre fois encore, ils devront trouver une solution à leurs problèmes financiers.
S’ils peuvent s’y rendre, ils pourront participer aux championnats européens de 1965 et aux championnats mondiaux de la Yougoslavie de 1966.

Les Jeux de l’Empire britannique se tiendront en Jamaïque en 1966, mais l’aviron a été retiré du programme en raison du manque d’installations sportives.

Toutefois, l’avenir n’augure pas très bien.
Il se pourrait bien que leur heure de gloire à Tokyo puisse être le seul et dernier souvenir de leur carrière.

Sous-titre de la photo : ROGER JACKSON (À GAUCHE) ET GEORGE HUNGERFORD, les médaillés olympiques remportent le trophée Lou-Marsh.